Depuis la pandémie, la reprise des chantiers de construction résidentielle et des grands projets d’infrastructures a été espérée à chaque début d’année, souvent sans véritable confirmation. Entre inflation, hausse des taux d’intérêt et ralentissement économique, le secteur de la construction a traversé plusieurs zones de turbulence.
Mais en 2025, plusieurs signaux suggèrent un possible retour de la croissance. Cette reprise est-elle durable ou simplement conjoncturelle ?
Un secteur freiné par la hausse des taux immobiliers
Depuis plusieurs mois, que ce soit en Europe ou aux États-Unis, la remontée des taux d’emprunt immobilier a fortement pesé sur la demande de logements neufs.
Une baisse continue des permis de construire
Cette situation a entraîné mécaniquement une baisse des nouveaux projets immobiliers. En France, le recul du nombre de permis de construire est estimé à 8,8 % sur l’année 2025, selon les prévisions de la Fédération française du bâtiment (FFB).
Cette contraction du marché s’explique notamment par :
Le durcissement des conditions de financement
Les ménages ont vu leur capacité d’emprunt diminuer, ralentissant les décisions d’achat.
Une baisse des volumes de transactions
Le marché immobilier neuf a particulièrement souffert du manque d’acquéreurs solvables.
L’attentisme des promoteurs
Face aux incertitudes économiques, de nombreux acteurs ont préféré reporter leurs projets.
Les plans d’investissements publics : un moteur de croissance à moyen terme
Certains plans d’investissements massifs pourraient néanmoins changer la donne dans les prochaines années.
Le plan d’infrastructures allemand
L’Allemagne a annoncé un programme d’environ 500 milliards d’euros d’investissements dans les infrastructures sur dix ans. Ce plan constitue un signal fort pour l’ensemble du secteur européen.
Cependant, les effets économiques de ces investissements ne devraient pas être visibles immédiatement. Les premiers impacts significatifs sont plutôt attendus à partir du second semestre 2026.
D’autres initiatives en Europe
D’autres pays pourraient également soutenir la dynamique du secteur :
L’Italie
Des dispositifs d’incitation à la rénovation et à la construction neuve pourraient soutenir l’activité.
Le Royaume-Uni
La création d’une agence publique destinée à accélérer les grands projets d’infrastructures pourrait fluidifier les délais administratifs et relancer les investissements.
L’essor des data centers : un nouveau relais de croissance pour le BTP

Si le résidentiel a souffert, certains segments ont su tirer leur épingle du jeu.
L’impact de l’intelligence artificielle sur la construction
Le développement rapide de l’intelligence artificielle entraîne une explosion des besoins en centres de données (data centers). Ces infrastructures nécessitent des volumes considérables de matériaux de construction, notamment du ciment et du béton.
Un changement de perception des investisseurs
Les investisseurs considèrent désormais certains industriels des matériaux comme des bénéficiaires indirects de la révolution numérique.
Cette évolution se reflète dans les performances boursières de plusieurs groupes cimentiers, dont les valorisations ont fortement progressé sur un an, soutenues également par leur présence dans les pays émergents.
Des performances contrastées selon l’exposition des entreprises
Tous les acteurs du secteur ne bénéficient pas de la même dynamique.
Les groupes exposés aux infrastructures mieux positionnés
Les entreprises diversifiées ou présentes sur les marchés émergents ont mieux résisté grâce à une demande plus soutenue.
Les acteurs dépendants du résidentiel sous pression
À l’inverse, les entreprises très exposées au marché résidentiel européen et américain ont davantage souffert du ralentissement des volumes d’activité.
Le manque de projets a pesé sur leurs résultats, notamment dans les segments des matériaux de construction et de la chimie du bâtiment.
Un rebond progressif attendu à partir de 2026
Plusieurs cabinets d’analyse anticipent un redressement progressif du secteur à partir de 2026.
La baisse progressive des taux d’intérêt
La détente progressive des taux pourrait améliorer la capacité d’emprunt des ménages et relancer la demande immobilière.
Une reprise des permis de construire en France
La FFB anticipe notamment une hausse de 9,5 % des permis de construire en 2026, portée par l’amélioration des conditions de financement et une reprise progressive des transactions.
Les facteurs politiques et économiques à surveiller
Le secteur reste néanmoins très dépendant des décisions politiques et des équilibres macroéconomiques.

Les politiques du logement aux États-Unis
Les politiques publiques en matière d’accessibilité au logement pourraient également influencer la dynamique mondiale du secteur, notamment via les conditions de financement et les programmes d’aide à l’accession.
L’impact des tensions géopolitiques
Les tensions internationales et les fluctuations des prix de l’énergie constituent également des variables majeures.
Une hausse durable des prix du pétrole pourrait :
- Augmenter les coûts de production des matériaux
- Réduire les marges des industriels
- Ralentir les investissements immobiliers
- Renchérir les coûts des chantiers
Le CBAM : un avantage compétitif pour les cimentiers européens ?
L’évolution réglementaire européenne pourrait également jouer un rôle structurant.
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières
Depuis 2025, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) vise à protéger les industries européennes soumises à des normes environnementales strictes.
Une protection contre la concurrence internationale
Ce dispositif pourrait rendre les importations de ciment hors Union européenne moins compétitives en intégrant leur coût carbone.
Cela pourrait favoriser :
Les producteurs européens déjà engagés dans la décarbonation
Les industriels ayant investi dans la réduction de leur empreinte carbone pourraient bénéficier d’un avantage concurrentiel durable.
Une relocalisation partielle de la production
Cette réglementation pourrait encourager une production plus locale dans un contexte de recherche de souveraineté industrielle européenne.
La construction : futur pilier de la souveraineté économique européenne ?
Dans un contexte de rivalités commerciales accrues entre grandes puissances, le secteur de la construction pourrait devenir stratégique.
La volonté européenne de renforcer son autonomie industrielle pourrait soutenir :
- Les infrastructures
- Les matériaux stratégiques
- La rénovation énergétique
- La production locale
Conclusion : une reprise réelle mais encore fragile
L’année 2025 pourrait marquer un tournant pour le secteur de la construction et de l’immobilier, avec plusieurs facteurs favorables :
- La stabilisation des taux d’intérêt
- Les plans d’investissements publics
- La croissance des infrastructures numériques
- Les nouvelles réglementations européennes
Toutefois, cette reprise reste conditionnée à plusieurs incertitudes majeures :
- L’évolution des taux d’intérêt
- Le contexte géopolitique
- Le prix de l’énergie
- Les politiques publiques du logement
Si les conditions macroéconomiques restent favorables, le secteur pourrait bien entrer dans un nouveau cycle de croissance à partir de 2026.
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